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Actualités Géopolitiques

La Revue Opium

Au Japon et en Corée du Sud, la France face à l’érosion du parapluie américain

Emmanuel Macron et Lee Jae-myung se serrent la main lors du sommet France-Corée du Sud, le 3 avril 2026 à Séoul, devant les drapeaux français et sud-coréen. Republic of Korea

En ce début de mois d’avril 2026, le Japon et la Corée ont reçu la visite du président Macron. Des palais impériaux, aux universités prestigieuses, sans oublier d’apporter quelques présents raffinés ; la France est venue renforcer sa coopération bilatérale avec ses deux alliés d’Asie du Nord-Est. À Tokyo, le président s’est vu accorder une audience à l'empereur Naruhito et l'impératrice Masako. En offrant  une montre d'exception réalisée par la Manufacture Péquignet, cette rencontre est l’occasion, pour la France, de faire rayonner son savoir faire auprès de l’arrière arrière (…) arrière petit fils de la déesse du Soleil Amaterasu. Héritère d’une tradition française, qui offrait déjà à l’empereur de Chine Kangxi une montre ornée du dragon à 5 griffes, les détails prennent tout un sens : deux branches enlacées, le chêne pour la France, la fleur de cerisier pour le Japon.


À Séoul, l'accueil pour les 140 ans de relations diplomatiques était moins discret : un défilé d’archers, de guerriers antiques en tenue jaune-or, et des bannières colorées, le tout avec une salve de coups de canon. Les formes ne manquèrent pas, mais quant est il du fond ? Voilà dix ans qu’un président français ne s’était pas rendu en Corée du Sud, et 3 ans au Japon. Derrière le faste protocolaire, ce sont les relations en matière de défense et d’économie qui sont à construire avec la Corée, et à entretenir avec le Japon; dans un contexte géopolitique qui fait pression sur les puissances moyennes.


À propos de la Défense, le malaise trumpien pourrait avoir quelques effets positifs sur les coopérations entre les pays européens et l'étranger ; car, comme l'a souligné le président, nous sommes « prévisibles ». Les européens n'annulent pas le « contrat du siècle » au profit d'un équipement américain qui peine à pointer le bout de son nez, ni n'imposent soudainement des droits de douane à leurs alliés en échange d'investissements pharaoniques. C'est le respect des traités que nous ratifions et du droit international qui font de nous des partenaires de confiance, en toutes circonstances. Pour le Japon et la Corée du Sud, deux pays qui voient leurs garanties de sécurité américaines s'éroder sous leurs yeux, ce message résonne différemment qu'il y a encore deux ans.


Avec le Japon, tout d’abord, la feuille de route commune sur la défense, signée lors de la réunion ministérielle 2+2 du 1er avril 2026, vise en premier lieu à renforcer l'interopérabilité entre les armées françaises et les forces d'autodéfense japonaises, à travers une hausse des exercices conjoints, des échanges de personnel et des escales militaires réciproques. La mesure la plus concrète et symboliquement forte qui en découle est la décision de détacher, à partir de juillet 2026, un officier de liaison japonais au sein du commandement de l'espace français. une première absolue, qui témoigne de l’approfondissement de la coopération spatiale de défense entre les deux pays.


Sur le plan industriel, si aucune grande rencontre n'a été officiellement annoncée, la visite s'est accompagnée d'une délégation de 40 entreprises françaises organisée par Business France, dont plusieurs dans la défense ou dual-use. Nous retenons notamment : Alta Ares, startup spécialisée dans les drones intercepteurs autonomes dont la technologie a été éprouvée sur le terrain ukrainien face aux Shahed ; Safran.AI, la division intelligence artificielle de Safran dédiée aux systèmes critiques aérospatiaux et de défense ; Look Up Space, qui déploie un réseau de radars pour la surveillance de l'espace orbital à usage civil et militaire ; et Geomatys, éditeur de logiciels géospatiaux souverains qui travaille déjà avec la JAXA, Airbus DS, Thales et Naval Group. Cette délégation traduit une orientation claire vers les technologies duales et le deeptech plutôt que vers les grands programmes d'armement. Ce qui est cohérent dans le cadre d'une coopération franco-japonaise qui, du fait de la relation privilégiée du Japon avec les États-Unis, se construit encore essentiellement dans les niches technologiques de pointe plutôt que dans les équipements majeurs.


À Séoul, toutefois, la coopération franco-sud-coréenne franchit un cap symbolique en accédant au statut de « Partenariat Stratégique Global », à l’occasion des 140  ans de relations diplomatiques. Mais derrière l'élévation protocolaire, le bilan industriel de défense reste modeste : la Corée du Sud n'a passé que 1,7 milliard d'euros de commandes auprès de la BITD* française sur la période 2015-2025, un volume qui paraît faible au regard de ce que représentent certains partenaires du Golfe  (environ 5 milliards pour le Qatar et les Émirats arabes unis sur la même période).


Cette asymétrie s'explique en partie par le fait que la coopération militaire bilatérale s'est jusqu'ici limitée à un dialogue stratégique sur les sujets du cyber et de la sécurité maritime en Indopacifique, sans véritable architecture. C'est précisément ce que Macron entend changer : à l'issue du sommet, il a explicitement appelé à donner à cette coopération « une dimension contemporaine », évoquant des exercices conjoints et « plus de coopération dans la production et les capacités militaires critiques » afin que les deux pays se dotent « d'une plus grande profondeur stratégique en matière de production militaire ».


Contrairement au simple cadre posé avec le Japon, la coopération avec la Corée du Sud offre des débouchés industriels plus explicites. En effet, dans le domaine des feux longue portée d'abord, l'IFRI recommande l'acquisition par la France du lance-roquettes multiples K239 Chunmoo de Hanwha, pour combler le vide laissé par le retrait programmé des LRU d'ici 2027. Dans le domaine aérien ensuite, MBDA et KAI envisagent d'intégrer les missiles MICA et Meteor sur les avions de combat coréens FA-50 et KF-21 Boramae : une logique de complémentarité dans laquelle la France apporterait ses munitions de pointe tandis que la Corée offrirait un débouché d’export aux entreprises françaises. Finalement, dans le domaine naval, une coopération entre Naval Group et Hanwha Ocean est évoquée et certains analystes n'excluent pas d'envisager des constructions de coques coréennes armées par des systèmes français : les deux industriels étant déjà associés pour une frégate de la marine royale thaïlandaise.


D’un point de vue économique, la tournée nord-asiatique du président visait surtout à la sécuriser de chaînes d'approvisionnement critiques. Alors que Paris, Tokyo  et Séoul ont tous les trois compris qu'une dépendance exclusive à la Chine n'est plus tenable.


Au Japon, le temps fort était au salon Tokyo Innovation Base, où près de 450 dirigeants d'entreprises et officiels des deux pays ont échangé autour des secteurs d'avenir. Macron y a rencontré les patrons de SoftBank, Iwatani et Horiba, avant de terminer son séjour par une visite chez Astroscale, entreprise spécialisée dans la lutte contre les débris spatiaux, avec laquelle la française Exotrail est déjà partenaire. Le symbole est plutôt clair : la coopération franco-japonaise se construit autour des technologies de pointe que sont l’IA, le quantique, et le spatial.


D’un point de vue diplomatique, l'accord le plus concret de cette visite est la feuille de route sur les minerais rares, signée par les ministres de l'Économie des deux pays, et dont le projet phare est Caremag : une usine de raffinage de terres rares lourdes à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, portée par la française Carester et le japonais Iwatani. Ce qui permettrait à la France de couvrir environ 20 % des besoins japonais en terres rares, offrant au Japon des débouchés extra-chinois, qui plus est européens. L'ambition affichée est de répliquer ce modèle sur d'autres filières, en bâtissant progressivement une complémentarité industrielle franco-japonaise sur les segments les plus pertinents.


En Corée du Sud, la logique économique est différente. Déjà, la relation commerciale bilatérale est plus éttofée (15,5 milliards de dollars d'échanges annuels) et l'objectif du président Lee Jae-Myung est de la porter à 20 milliards d'ici 2030. Mais les chiffres d'investissement révèlent un déséquilibre notable : la Corée du Sud n'est que notre 31ème investisseur, avec un stock d'environ 1,1 milliard d'euros, quand la France, pourtant 29ème investisseur en Corée, place 5,2 milliards. L'un des objectifs de la visite était précisément d'inverser cette tendance, en poussant Samsung, Naver et Hyundai à regarder le marché français avec davantage d'intérêt. Des accords préliminaires ont été conclus dans les semi-conducteurs, les technologies quantiques, l'éolien offshore et le nucléaire civil, mais qui prendront du temps à se mettre en place.


Au fond, ce que cette tournée révèle n'est pas tant ce qui a été signé que ce qui est en train de se construire. Entre Paris, Tokyo et Séoul, les fondations d'une relation stratégique moins dépendante de Washington s'élaborent et se solidifient progressivement. Ce qui est, vous en conviendrez, plus durable et moins grotesque que des droits de douanes soudains, un jour légal et l’autre non. La vraie question qui demeure est celle de la continuité : la diplomatie de la navette, pour reprendre l'expression que pratique aussi la Corée du Sud avec ses voisins, n'a de sens que si elle revient régulièrement à quai. Pour ancrer la France en Extrême Orient, Il faudra que ces visites ne restent pas isolées, et que les accords-cadres d'aujourd'hui se traduisent dans l’industrie et l’innovation dans les mois à venir. La prochaine échéance, le G7 d'Évian en juin 2026, auquel le Japon et la Corée du Sud sont tous deux conviés, sera un premier test de cette continuité.


*BITD correspond à l'ensemble des entreprises de défense qui contribuent à concevoir et à produire les équipements pour les armées

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