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Actualités Géopolitiques

La Revue Opium

Comment la Corée du Sud devient-elle le pivot diplomatique d’Extrême-Orient ?

Le président sud-coréen et la Première ministre japonaise posent devant un panneau « APEC 2025 Korea » à Gyeongju, lors du sommet organisé du 31 octobre au 1er novembre 2025. Cabinet Secretariat

Depuis le coup de force de l’ancien président sud-coréen Yoon Suk-Yeol, et sa destitution, la nouvelle présidence met en avant sa nouvelle stratégie internationale. Fondée sur une plus grande indépendance stratégique et diplomatique, la Corée du président Lee Jae-myung met en avant une Realdiplomatie novatrice, avec des intérêts concrets et réalistes.


Dans le pays du matin calme, la purge administrative et les virages politiques ne sont pas rares. Au contraire, ils sont la norme, et le président actuel n’échappe pas à ce principe. Longuement tiraillé entre la bonne tenue de ses relations avec la Chine et son besoin de garder le « garant » américain, la diplomatie sud-coréenne oscille au fil de ses dirigeants. Dans la logique du principe, le président Yoon priorisait une stricte continuité des relations avec les USA, ainsi qu’une opposition radicale à la Corée du Nord. Et le président Lee prône une plus grande liberté de sa diplomatie, et des rencontres régulières avec ses homologues. Cette dualité se retrouve aussi dans ses relations avec ses deux grands voisins. En effet, la Corée du Sud est tiraillée entre son commerce fructueux avec Pékin, mais marquées par une histoire qui entache les relations politiques ; et ses bonnes relations avec Washington, mises à mal par la guerre commerciale de Trump. En prenant en compte l’enflammement progressif de la région, Lee cherche à consolider l’importance de la Corée du Sud dans la médiation de l’Indo-Pacifique. En pratiquant sa « diplomatie de la navette (1) », la Corée du Sud va régulièrement à la rencontre de ses voisins. Alors que les tensions entre le Japon et la Chine se mêlent aux sanctions trumpiennes et à une instabilité dans l’Indochine, la République de Corée se place progressivement au centre des tensions régionales, pour essayer d’y remédier, tout en y plaçant ses intérêts.


Le premier coup de force diplomatique de la nouvelle présidence est sans nul doute l’accueil du Sommet de l’APEC (2) d’octobre dernier, à Gyeongju. Marqué par la devise « Connecter, innover, prospérer », l’objectif de ce sommet était clair : ouvrir le dialogue, par l’intermédiaire de la Corée. Cette belle occasion pour la diplomatie sud-coréenne a permis plusieurs rencontres de haut rang. D’abord vis-à-vis de la Chine. Certes rien de concret n’a été décidé à ce sommet, mais voilà onze ans que Xi Jinping n’avait pas foulé le sol de Corée, alors même que des représentants taïwanais étaient présents. De ce symbole a découlé la décision commune d’une visite du président Lee, en Chine, début janvier 2026. Même constat pour la rencontre avec la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Aucune grande décision, excepté de se revoir en janvier.


Par contre, avec les Etats-Unis, le constat diffère. Le président Trump a notamment réaffirmé le soutien des USA envers la construction de sous-marins à propulsion atomique sud-coréens. Cette nécessité d’une approbation américaine pointe les limites persistantes de la souveraineté militaire sud-coréenne. C’est certes une avancée pour ses droits, mais cela demeure dans les limites imposées par les Etats-Unis. A propos des droits de douane, les discussions n’ont mené à rien. Pire encore, les USA ont rehaussé les taxes douanières pour la Corée à 25 %, quelques mois après le forum. En dépit de cet échec, la réunion de l’APEC 2025 s’est précisée comme le moteur de la politique internationale de Lee, encore dépourvue de grandes décisions, mais ouverte aux opportunités de discussions et d’approfondissement des relations avec les participants. Entre les membres eux-mêmes, les résultats sont similaires. Pas de grande décisions entre Trump et Xi, si ce n’est la promesse d’une rencontre en avril 2026. En bref, la Corée se connecte à ses voisins et concrétise pas-à-pas son objectif d’être un hub des relations diplomatiques d’Asie-pacifique, en plaçant le dialogue avant les décisions précipitées.


Si cet APEC était riche en symbole et en belles déclarations, certaines mesures concrètes ont rapidement suivi. Quelques jours plus tard, l’ASEAN ouvrait son 47ème sommet, et la Corée du Sud est venue officialiser de nouveaux accords. L’Asie du Sud-Est est en passe de devenir la région la plus prometteuse de la planète, et les Coréens ne veulent pas manquer les opportunités économiques qu’elle peut offrir. Entre accord de libre-échange avec la Malaisie, coopération avec Singapour dans le domaine du cyber et déclaration commune sur la stabilité financière avec la Chine et le Japon : la diplomatie coréenne produit des résultats.


Tout d’abord à propos de la Malaisie, qui présidait ce 47ème sommet, avec laquelle les échanges bilatéraux étaient déjà estimés à 20 milliards de dollars. La Corée du Sud, par la signature du traité de libre-échange, vient réduire ses droits de douane dans le commerce de biens et services, facilite la circulation de ses flux financiers et entame une coopération industrielle dans des secteurs clefs. A propos de l’automobile, les entreprises sud-coréennes vont jouir d’une politique fiscale avantageuse, pour les pousser à produire en Malaisie, pour le marché national. La Malaisie compte également accueillir des usines de test et d’assemblage dans le domaine des semi-conducteurs, occasion que les géants sud-coréens tels que Samsung et SK Hynix (3) ne veulent pas laisser passer. Pour soutenir ce domaine, en marge du traité, un protocole d’accord a été signé dans l’objectif de créer un « corridor technologique » (4) dans le domaine des puces et des batteries, entre les villes de Busan et Penang. Notons toutefois l’importance du concurrent japonais, qui a lui aussi approfondi sa coopération industrielle avec la Malaisie, dans les mêmes secteurs de très haute technologie.


Avec Singapour également, la Corée du Sud coopère dans les domaines innovants, par la signature d’un accord de coopération dans le cyber. Par cet accord, Séoul et Singapour s’engagent à former conjointement les professionnels de l’IA et de la cybersécurité, par la création d’un programme commun. De surcroît, les deux pays vont harmoniser leurs protocoles d’intervention dans le cadre des incidents transfrontaliers. Singapour demeurant un point de passage obligatoire pour les échanges en direction du Moyen-Orient et de l’Europe; cette collaboration est nécessaire à la Corée, alors sixième plus grand exportateur de la planète. Par ailleurs, notons l’intérêt sud-coréen pour la cybersécurité dans la région, par la signature d’un traité de coopération avec le Cambodge contre la fraude en ligne.


 Ce genre de sommets sont la preuve que les puissances montantes d’Asie Pacifique arrivent à créer de nouvelles opportunités entre les pays membres. Que ce soit en Corée du Sud, en Malaisie, au Vietnam ou en Indonésie, l’Extrême Orient offre au monde une nouvelle vague de dialogue et de coopération.

Du point de vue des relations bilatérales, la stratégie de 2025 a ouvert deux grandes opportunités de discussion entre la Corée du Sud avec la Chine et le Japon pour début 2026.


Premièrement en Chine, du 4 au 7 janvier, le président Lee Jae-myung est parti à Pékin rencontrer son homologue Xi Jinping. Les objectifs sont clairement annoncés : entièrement restaurer les relations politiques communes, tenter de mettre fin aux conflits territoriaux dans la mer Jaune, coopération plus approfondie sur la Corée du Nord.


Tout d’abord, à propos de la Corée du nord, il est important de comprendre les relations entre Pyongyang et la Chine depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine. La Chine désapprouve l’envoi de troupes nord-coréennes en Ukraine et se méfie du rapprochement entre la CdN et la Russie, qui rend Pyongyang plus indépendante. Lee Jae-myung compte bien utiliser cette amertume pour pousser Xi Jinping à faire pression sur Kim Jong-un. Lors de cette visite, les demandes à ce propos ne se sont pas faites attendre. La Corée du Sud a demandé à la Chine d’être médiateur de la relance du dialogue intercoréen, d’aider à relancer les échanges culturels et humanitaires, et de pousser à la dénucléarisation de la péninsule. Demandes auxquelles Pékin a sobrement répondu : « patience », en reconnaissant les efforts de Séoul et la complexité de ces approches. En bref, Xi Jinping ne refuse rien, mais la Corée du Sud peine à faire avancer rapidement la situation.


Pour mener à bien ces projets, Séoul et Pékin tinrent à entièrement restaurer leurs relations communes. En se rendant à Pékin, le président sud-coréen est le premier à fouler le sol chinois depuis sept longues années. Pour s’assurer du réchauffement durable des relations politiques, Lee est allé à la rencontre de Xi Jinping, de Li Qiang (premier ministre) et de Zhao Leji (président de l’Assemblée Nationale Populaire). Pour les territoires disputés en mer Jaune, les discussions n’ont pas abouti, mais elles ont été « franches » selon le gouvernement chinois. Aucune installation chinoise n’a été retirée depuis cette visite. Et d’un point de vue économique, plusieurs protocoles sur les chaînes d’approvisionnement, l’économie numérique et les investissements croisés ont été signés, afin d’ancrer la coopération dans des domaines concrets. Tout en évitant soigneusement de traiter des sujets sensibles que sont Taïwan et le Japon, la Corée veut se placer au cœur de la diplomatie régionale, mais reste mesuré sur les sujets très sensibles.


Cependant, je pense que vous comme moi nous demandons : « qu’est-ce qu’un mois de janvier en voyage diplomatique en Chine sans faire une visite au Japon quelques jours plus tard ? ». Les fameux Sakura ne sont peut-être pas encore là, mais la diplomatie n’attend pas.  Pour être un bon intermédiaire en Asie de l’Est, la Corée met l’accent sur une normalisation complète des relations avec ses voisins les plus importants. C’est pourquoi, du treize au quatorze janvier, le président Lee a été accueilli à Nara, Osaka puis à Tokyo par la Première ministre japonaise. Au programme : discussions sur la sécurité régionale, particulièrement sur la Corée du Nord, relance des échanges économico-culturels, et finalement une session de batterie sur des airs de K-pop pour un feat présidentiel.


D’un point de vue culturel, tout d’abord, la sélection même des lieux d’accueil fait écho à l’histoire commune des deux pays. Le premier jour de visite étant à Nara, première capital antique du Japon. Ce choix fait directement écho à celui de Gyeongju pour l’APEC 2025, elle-même capitale antique de la péninsule de Corée. Grâce à cette similarité, les deux villes vont faire plusieurs expositions communes, sur le patrimoine bouddhique. Le passage du président Lee à Osaka est également symbolique pour l’histoire des deux pays. En effet, c’est à Osaka que résident historiquement des zainichi (les coréens vivant au Japon), depuis la colonisation de la Corée en 1910. De fait, la détente autour des questions culturelles est au cœur de cette visite, et vise à réparer les fractures qui divisent les deux pays. Néanmoins, elle n’a pas abordé certaines reconnaissances réclamées par la Corée du Sud, notamment à propos des femmes de réconfort, ou au drapeau de la marine japonaise.


Dans le domaine économique, la coopération Japon-Corée du Sud répond à de véritables goulots d’étranglement. Alors que 90 % des gaz rares essentiels à la création des puces de semi-conducteurs proviennent d’Ukraine (néon) et de Russie (krypton, xénon), leurs prix ont augmenté de 300 % depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine. En parallèle, les délais logistiques augmentent de 30 % dans les ports de Busan et de Yokohama. Face à ces vulnérabilités, les deux pays ont lancé un groupe de travail bilatéral dans le cadre du Fab 4 (avec les États-Unis et Taïwan), doté d’un fonds commun de 200 millions de dollars pour subventionner les PME et harmoniser les normes industrielles. Avec cette mesure, une réduction de 20 % des retards est attendue d’ici 2027, via des corridors maritimes prioritaires et à un protocole unifié pour les tests de qualité. Les accords souhaitent éviter les 150 millions de dollars de pertes annuelles que subissent les deux pays depuis 2022.


Pourtant, cette collaboration bute sur des limites structurelles. Malgré un plan d’investissement de 50 000 milliards de yens (340 milliards d’euros) en Corée sur 10 ans, la dépendance aux terres rares chinoises et aux équipements taïwanais (TSMC) persiste, rappelant que l’autonomie régionale demeure reste dans un horizon lointain. Les divergences de stratégie persistent : le Japon relocalise sa production, comme pour les usines Rapidus à Hokkaido, qui sont subventionnées à hauteur de 10,9 milliards de dollars. Le pays cherche également à coopérer avec les acteurs privés étrangers. Par exemple, Mitsubishi Electric et Sony construisent des usines de semi-conducteurs à Kumamoto et Hokkaido, en coopération avec Samsung,. La Corée du Sud, par contre, mise sur la création d’un immense hub de production et de recherche, nommé cluster de Yongin, dont les financements ont un coût estimé à 230 milliards de dollars d’ici 2042. En définitive, la coopération nippo sud-coréenne sur les semi-conducteurs repose sur un fragile équilibre. Les avancées sont conjoncturelles et ne semblent être motivées que par les aléas de la géopolitique mondiale. Il en résulte certains accords sur 10 ans, et une coopération qui se renforce, sans toutefois solutionner les problèmes inhérents à l'industrie de pointe.


 Pour les domaines stratégique et sécuritaire, la coopération se renforce. L’armée sud-coréenne et les forces d’autodéfenses japonaises s’alignent sur un partage accru d’informations sur les essais balistiques nord-coréens, et planifient plusieurs entraînements navals avec les Etats-Unis. En outre, suite à la réaction mesurée du gouvernement chinois sur les avancées avec la Corée du Nord, le Japon et la Corée du Sud ont communément appelé la Chine à user de son influence pour limiter les transferts technologiques entre Moscou et Pyongyang.


Les deux dirigeants ont également réaffirmé leur volonté de poursuivre la « diplomatie de la navette », fondée sur des rencontres régulières et pragmatiques. Notons qu’à l’instar des accords conclus avec le Cambodge et Singapour, Séoul a mis l’accent sur l’accélération de la lutte contre la fraude transnationale en ligne. Ce domaine, politiquement peu sensible, permet à la Corée du Sud de se positionner comme un fournisseur de sécurité non militaire et de renforcer la coopération régionale sans heurter les contraintes juridiques du pacifisme constitutionnel japonais. En s’appuyant sur Tokyo, cette approche participe ainsi à une normalisation stratégique progressive, fondée davantage sur des mécanismes techniques durables que sur des accords entre gouvernements éphémères.


Alors, que conclure de la diplomatie de Lee Jae-myung depuis son arrivée à la Maison Bleue en juin 2025 ? La Corée du Sud, émerge comme un pivot diplomatique en Extrême-Orient grâce à une stratégie qui combine équilibrage des puissances et médiation technique. En relançant les échanges diplomatiques avec la Chine et en approfondissant les relations avec le Japon, Séoul veut se rendre indispensable à sa région. Par ailleurs, son rôle de médiateur dans les domaines non politiques (cybersécurité, business) et son soft power culturel (K-pop, patrimoine) renforcent cette position.


Toutefois, cette stratégie reste fragile. Dépendante des États-Unis pour sa sécurité, concurrencée par la Chine sur les terres rares, et limitée par les tensions régionales, la Corée du Sud doit naviguer entre souveraineté et interdépendance. Son succès dépendra de sa capacité à institutionnaliser son rôle via des coopérations durables (ASEAN, Japon) tout en gérant les risques externes. C’est un équilibre précaire, mais qui lui permet de se rendre indispensable dans une région toujours plus en tension.

1) Qui consiste en la rencontre régulière de ses homologues. Lancée en 2023 par les dirigeants japonais et sud-coréen.

2) Forum économique de l’Asie Pacifique.

3) Grand constructeur de semi-conducteurs sud-coréens.

4) Il s’agit d’une zone de collaboration entre deux Etats dans laquelle leurs universités, entreprises et gouvernements collaborent pour développer des industries de haute technologie.

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